À l’occasion de l’avant-première de son film fleuve et sidérant Les Âmes mortes, nous avons été honorés d’accueillir le grand cinéaste chinois Wang Bing, connu dans le monde entier pour ses œuvres qui auscultent la société et l’histoire de son pays avec lucidité et exigence. Les Âmes mortes est consacré aux victimes de la campagne chinoise anti-droitiers de 1957 qui ciblaient ceux qui avaient exprimé des critiques envers le gouvernement chinois. Plus de 3200 droitiers présumés de diverses régions de la province du Gansu furent déportés à la ferme d’Etat de Jiabiangou, un goulag (ou « laogai ») dans le désert de Gobi, pour une période de « rééducation idéologique par le travail ». Environ 2 700 prisonniers à Jiabiangou allaient mourir de faim ou de surmenage. Wang Bing a recueilli 120 témoignages, soit 600 heures de rushes et a construit son film en concentrant chaque témoignage de survivant sur une durée de 30 minutes. « On savait qu’un grand nombre de personnes avait été envoyé en camp de rééducation par le travail pour avoir écrit ou prononcé une simple phrase, parfois même pour rien… Mais on ignorait tout de la vie et de la réalité des camps. L’ampleur des purges nous échappait, le nombre des morts, la dimension nationale du mouvement anti-droitier… […] La perspective dont les gens disposaient ne dé- passait pas le cadre d’une famille ou d’un village.»

COURS : Rencontre avec le cinéaste Wang Bing, pour l’avant-première de son film Les Âmes mortes.